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Le blog du Collectif

Groupes marginalisés  c. Le marché de l'emploi

February 8, 2019

 

33 % des employeurs savent s’ils vont embaucher le candidat qui se présente devant eux ou non, et ce, dès les 90 premières secondes de leur rencontre lors d’une entrevue. Cette statistique provient d’une étude réalisée par Come Recommended, une société de conseil spécialisée en technologies de la recherche d’emploi et des ressources humaines. Cela étant dit, comment un patron est-il en mesure d’en apprendre sur un candidat dans un délai aussi bref? La réponse est simple : en se basant sur l’apparence physique d’une personne et non les capacités professionnelles que possède cette dernière. Lorsque l'on pense à l’apparence physique, il ne faut pas se contenter des aspects simples qu’elle englobe telle que les vêtements que porte une personne par exemple. Au contraire, on se doit emprunter une interprétation beaucoup plus large afin de comprendre la gravité du problème. En effet, l’apparence physique et nos opportunités professionnelles peuvent parfois se retrouver étroitement liées. Bien que nous sommes tous susceptibles d’être victimes de discrimination eu égard à notre apparence, certains groupes se retrouvent davantage marginalisés que d’autres. Parmi ceux-ci, se trouvent notamment les transgenres, les femmes, les personnes issues de minorités et autres. À maintes reprises, les individus appartenant à ces groupes-ci se sont fait refuser un emploi suite à de la discrimination. Dans un pays aussi libre et démocratique tel que le Canada, il est surprenant que notre apparence physique puisse ne pas convenir aux yeux de certains employeurs, au point que ces derniers, disant prôner sur les habiletés professionnelles des individus, ne respectent pas ces valeurs quand vient le temps de l’embauche.

 

La communauté transgenre et le processus d’embauche

 

Tout d’abord, la communauté transgenre est une communauté minoritaire dans le monde professionnel. Le terme « trans » est un terme général qui regroupe toutes les identités de genre contraire à celle attribuée à la naissance. Au Canada, discriminer une personne sur base de son identité de genre est prohibée. Comme exemple, depuis le 10 juin 2016, la Charte des droits et libertés de la personne du Québec interdit la discrimination fondée sur « l’identité ou l’expression de genre ». Ainsi, cette disposition interdit à un employeur toute discrimination basée sur l’expression de genre que soit durant le processus de l’entretien d’embauche, à titre de motif de fin d’emploi ou tout autre autre aspect lié à l’emploi.

 

En revanche, malgré les démarches instaurées dans notre système législatif, la discrimination persistante envers les personnes transgenres est observable partout au pays. Dans la province de l’Ontario, un sondage qui a été mené auprès de 433 transgenres a révélé que 18 % de ces derniers ont été refusés un emploi pour lequel ils avaient parce qu’ils se sont déclarés transgenres. 13 % des sondeurs se sont fait mettre à pied après avoir révélé que leur identité de genre différait de celle assignée à leur naissance. Aussi, 34 % confirment avoir été victimes de harcèlement verbal ou physique au travail basées sur leur changement de sexe.

 

La discrimination envers les femmes enceintes dans le milieu du travail

 

Les femmes représentent également un groupe minoritaire sur le marché du travail. La Charte québécoise des droits et libertés interdit toute forme de discrimination fondée sur la grossesse afin de protéger les femmes en matière d’emploi. Cependant, certains employeurs québécois ne respectent pas ce droit… En janvier 2017, Me Karine Frenette, une avocate avec plusieurs années d’expérience s’est vu refuser une promotion au Directeur de poursuites criminelles et pénales en raison de sa grossesse. La Comission de la Fonction publique qui a enquêté sur le cas de Me Frenette a bel et bien prouvé que durant ses huit années de travail, Me Frenette a délivré des performances excellentes. De plus, elle était la candidate la plus compétente pour occuper le poste.  Pourtant, en ayant annoncé avec toute honnêteté à son employeur qu’elle était enceinte, elle s’est fait indiquer qu’elle ne pouvait se porter candidate. Il est certes que cette forme de discrimination touche l’inégalité des sexes puisqu’elle ne pourrait être subie par un homme et que biologiquement et logiquement, seules les femmes peuvent porter des enfants. En outre, la discrimination envers les femmes ne se limite pas qu’au processus d’embauche; elle persiste ultérieurement dans le milieu du travail.

 

L’inégalité salariale homme femme à Hollywood?

 

À Hollywood, notre monde fictif préféré, il existe aussi de l’inégalité salariale entre les femmes et les hommes. L’actrice Nina Dobrev, personnage principal de la série télévisée « The Vampire Diaries » se faisait payer 30 000 $ par épisode tandis que l’acteur occupant le rôle son amoureux, Ian Somerhalder se faisait payer 10 000$ de plus qu’elle, soit 40 000$ par épisode. Également, pour le tournage de certaines scènes du film « All the money in the World », l’acteur Mark Wahlberg a réussi à négocier un salaire de 1.5 million tandis que sa collègue Michelle Williams percevait 80 dollars par jour, une somme de moins de 1 000 $ en tout. Pour l’actrice Michelle Williams, cet écart équivaut à moins de 1 % de ce qu’a gagné Mark Wahlberg. 

 

L’équité salariale au Canada

 

La société canadienne fait plusieurs démarches législatives pour réellement atteindre une véritable égalité entre les hommes et les femmes sur le plan salarial. À titre d’exemple, il existe la Loi sur l’équité salariale  adoptée par gouvernement du Québec. Par contre, l’égalité économique entre les sexes est encore loin d’avoir vu le jour. Plusieurs sont fatigués d’entendre les femmes revendiquer leur droit à un salaire équitable. Toutefois, bien que leur condition est favorable par rapport aux années 1850, ce problème est loin d’être antique et son ampleur fut dévoilée par Statistiques Canada dans une étude menée en 2014. Les résultats de cette dernière démontrent que pour le même nombre d’heures travaillées, les femmes sont en moyenne rémunérée 0,87 $ pour chaque dollar gagné par un homme. Une fois ce taux calculé sur une base annuelle, la différence salariale entre les hommes et les femmes a révélé un écart encore plus vaste; pour chaque dollar gagné par un homme, une femme ne touche que 0,74 $.

 

L’effet des noms ≪étrangers≫ dans le processus d’embauche

 

Encore plus loin, même le nom d’un individu peut jouer un rôle sur l’accès à un poste. Une étude menée par l’Université de Toronto intitulée « Why Do Some Employers Prefer To Interview Matthew, and Not Samir? » a prouvé que les personnes possédant un nom d’une consonance étrangère recherchant un emploi avaient moins de chance de se faire rappeler qu’une personne possédant un nom ≪occidental≫. Comment et pourquoi la discrimination par le nom se produit-elle sur le marché du travail? La grande majorité des employeurs ont dévoilé qu’à travers la lecture d’un nom, ils déduisent si un candidat a les aptitudes sociales et linguistiques cruciales pour le poste recherché. Il est perturbant de constater que même à ce jour, les employeurs canadiens outrepassent les caractéristiques citées sur un curriculum vitae et optent plutôt de discriminer une personne sur la base de son nom.

 

La discrimination positive en matière d’emploi

 

Au Canada, plusieurs mesures tentent de « favoriser » les minorités visibles. Notamment, lors de l’application pour certains emplois, il existe une section réservée pour les minorités visibles afin que celles-ci identifient à quel groupe elles appartiennent. Cela étant dit, peut-on réellement faire confiance à cette mesure de prévention en se disant que les employeurs en feront usage de bonne foi? Avec les exemples démontrés tout au long de cet article, il serait peut-être préférable pour les personnes marginalisées omettent de se prononcer sur leur statut puisque la vérité  pourrait avoir un impact immense sur leur embauche . La personne qui s’est fait assigner à la naissance le genre d’homme, mais qui s’identifie en tant que femme devrait-elle mentir afin d’avoir plus de chance de réussir dans la vie? Est-ce que Samir Abdallah devrait commencer à écrire Matthew Smith sur son curriculum vitae lorsqu’il postule pour un emploi? Une femme devrait-elle omettre sa grossesse dans son milieu de travail afin de pouvoir conserver son emploi? D’emblée, ce sont toutes des questions qui ne devraient pas avoir leur place dans une société qui prétend promouvoir l’égalité et la liberté de soi.

 

En somme, l’objectif de cet article-ci n’est pas de s’apitoyer sur le sort des femmes en rabaissant les hommes, de victimiser les personnes transgenres ou de crier au racisme dès qu’un immigrant n’obtient pas un emploi. La discrimination dans le milieu professionnel se doit d’être discutée haut et fort puisqu’elle représente l’une des plus grandes problématiques tant au Canada qu'à l’échelle internationale. Ce type de discrimination professionnelle repose sur des stéréotypes et va à l’encontre même des articles 16 et 19 de la Charte québécoise. Les exemples démontrés peuvent sembler minimes aux yeux de certains qui décident que puisque « ça ne me touche pas, ça n'existe pas », mais au contraire, ces derniers représentent la réalité quotidienne de plusieurs. 

 

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