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Le blog du Collectif

Bannir le shawarma, mais pas la poutine : édition la Coalition avenir Québec

December 4, 2018

 

 

Manifester sa religion est un mode d’expression qui existe depuis la nuit des temps, d’un juif qui porte une kippa sur sa tête, à un catholique qui porte une croix autour de son cou. Une certitude est donc que le port de symbole religieux, que ce soit en privé ou en public, est primordial dans la vie de plusieurs êtres. En revanche, certains trouvent que cette liberté devrait être limité afin de garantir la neutralité de l’État et pour rendre ses institutions laïques. Maintes sont les interrogations accompagnant le sujet de la laïcité de l’État. Ces dernières engendrent plusieurs débats traversant le globe terrestre. « Qu’est-ce que la laïcité? », « Quelles limites sont imposables ?», « À qui revient le droit de les définir? ». Bien que les réponses à ses questions soient constamment variées, il est tout de même nécessaire et possible d’examiner le débat de plus prêt.

 

 

Lorsque vient le temps de se pencher sur la laïcité du gouvernement du Québec, celle qui nous touche le plus, la CAQ prévoit adopter dès leur première année de mandat. Il est incontestable que l’objectif du gouvernement caquiste est porteur d’une immense contradiction. En revanche, avant de se pencher sur celle-ci, explorons avant tout les bienfaits de la laïcité.

 

 Il est remarquable que les États non laïques, dont je m’abstiendrai de viser, favorisent généralement le développement d’une culture extrémiste, dictatoriale, discriminatoire et au détriment de la femme. Comme la laïcité mène à établir un bornage entre « l’État de la société civile et de la société religieuse », il en va de soi que pour rendre ses institutions laïques, les figures d’autorités, lorsqu’ils sont dans l’exercice de leur profession, doivent s’abstenir d’exprimer leurs opinions religieuses à travers le port d’un signe ostentatoire.

 

 

APPORTS BÉNÉFIQUES:

 

À travers le monde, maintes sont les États présentement laïcs tels que la France, le Cuba, le Japon.Le Québec ne serait donc pas les premiers ni les derniers à planifier son adoption.

 

Les fonctions politiques et administratives ciblées par la laïcité, la sûreté publique, la justice et l’éducation consistent à être celles qui sont le plus consacrées à l’ordre public. Effectivement, les institutions publiques telles que la police, le tribunal et l’école sont toutes détentrices de méthodes de coercition ou d’autorité sur autrui et ce, par l’entremise de l’usage légal de la force ou l’imposition de toutes sortes de sanctions. Il est donc normal que ceux qui les possèdent démontrent une impartialité religieuse et partisane non ambiguë lorsqu’ils exercent leur pouvoir d’autorité.

 

« Ce droit à l’égalité se retrouve outragé, par exemple, si une homosexuelle athée victime de violence se réfugie dans un bureau de police et qu’un agent, ou un mur, y arbore un crucifix, un voile ou tout autre signe qui renvoie à une croyance ou un groupe qui promeut et sanctionne, présentement ou historiquement, une vision et un traitement odieux de l’homosexualité, de la femme et du mécréant. » - Collègue de classe

 

 

DUPLICITÉ:

 

 

D’emblée, ce projet de « vraie laïcité » souhaitant l’égalité devant la loi semble de bonne foi.   Il ne s’agit pas de contrer l’article 2 de la Charte canadienne. Un individu reste libre de conscience et de religion à condition qu’il soit dans l’exercice de la représentation de nul autre que lui-même.

 

En revanche, le projet prévu par la CAQ peut aisément glisser dans une sorte d'extrémisme qui s'appuie sur un contrôle étatique discriminatoire.

 

Quelle est la limite a imposer à la liberté de religion pour qu'un État soit « suffisamment » laïque? Comment évalue-t-on cette limite et qui va l'évaluer? D’après les propos abordés par le premier ministre Legault, une vraie laïcité semble être une qui accorde le droit d’expression d’une seule religion, le catholicisme.

 

Legault, qui est née dans la ville de Sainte-Anne-de-Bellevue au Québec, soulève que le crucifix fait partie de l’histoire du Québec. Il est donc un patrimoine historique du fait qu’il a été instauré afin de symboliser l’union entre l'État et l'Église catholique. À cet effet, le crucifix placé à l’Assemblée nationale en 1936 par Maurice Duplessis échappera au projet de loi que la CAQ prévoit.

 

Certes, le Québec a inspiré ses valeurs du catholicisme, mais de ce constat, la justification divulguée pour protéger le crucifix fracasse le concept de l’objectivité d’un État. Du symbolisme que ce dernier émane, comment peut-il être conservé par un gouvernement qui désire une « vraie laïcité »?

 

UNE VRAIE ÉGALITÉ?

 

Les symboles religieux possèdent tous une valeur égale, mais il est indéniable que certains d’entre eux sont plus employés que d’autres. Nul ne peut comparer la fréquence du choix d’une femme musulmane au port du voile versus celle d'un homme chrétien au port du crucifix. Combien de fois avez-vous rencontré un chrétien qui porte un crucifix chaque fois qu’il s’apprête à franchir le seuil de sa porte? À quelle fréquence la CAQ nous demande-t-elle de se voiler le visagepour réfuter le fait que certaines religions sont plus visées que d’autres?

 

Une vraie laïcité n’est pas celle qui opte pour la préférence de certains signes religieux et pour la consolidation d'un certain signe ostentatoire dans son État lorsqu'il est jugé approprié. Elle est celle qui prône l’égalité, tout comme l’objectif prétendu inspirant le projet de loi de la CAQ. Pour cette raison, voir un policier se faire bannir le port du turban ou voir une professeure de maternelle se faire interdire le port du voile mais  savoir que le crucifix restera à l’assemblée nationale nous fait douter de l'intention et des effets des politiques de l'État.  Comment l’expression d’une religion peut-elle se voir prohibée tandis qu’une autre demeure autorisée? Comment peut-on ensuite qualifier cela d’égalité devant la loi dans un pays aussi divers et multiculturel que le Canada? Avec l’exception que le gouvernement québécois prévoit, il en va de soi que la particularité de cette promesse électorale suggère un extrémisme. On peut aussi y discerner une intention d’accorder le droit d’expression à une seule religion dans le Québec qu’il gouverne: sa propre foi catholique. Le message que Legault délivre est que si l’instauration de la laïcité voit le jour, le Québec reconnaîtra que la seule religion convenable et digne d’être représenté est le catholicisme.

 

 

En somme, le droit à la religion et à l'expression est démocratique et donc utile au bien-être des gens; mais il peut aussi y découler un mauvais usage et peut devenir autant pervers que pernicieux. La raison est simple. Dans toutes les libertés, il se pose toujours la question des limites et les limites peuvent se confronter au relativisme. La liberté qui correspond à la satisfaction intérieure de mon voisin peut m'apparaître comme une exagération nuisible. Une « vraie laïcité » sous-entend donc qu'on doit restreindre la liberté de religion. Ceci serait un débat plus raisonnable si elle s’appliquait équitablement à toutes les religions.

 

L’extrémisme religieux peut être aussi contraignant que l'extrémisme laïc. Il ne faut pas soutenir les libertés en les restreignant à même temps. Vraie laïcité signifie quoi? Laquelle est fausse ou faible? Celle prônée par le Québec? La CAQ marche sur des œufs en désirant une « vraie » laïcité sans vouloir simultanément se dissocier des symboles de sa propre religion! Ceci démontre un embrouillement dans son raisonnement et embrouille davantage le peuple. Son projet de loi vise indirectement d'autres religions que le catholicisme. Il n’y a rien de plus incohérent et malhonnête. Ainsi, la chose plus raisonnable à faire afin d’atteindre une « vraie » laïcité est un projet de loi excluant tous les signes religieux sans aucun traitement de faveur en jeu. 

 

La laïcité ne cessera jamais d’être un sujet délicat, mais celle que le gouvernement de Legault prévoit adopter a franchi la ligne fine qui la distingue de la discrimination.

 

 

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