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Le blog du Collectif

La discrimination systémique existe-t-elle au Québec?

October 10, 2017

 

 

Dès l’automne 2017, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec tiendra conjointement avec le Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec une consultation publique sur la discrimination systémique et le racisme.

 

Les opinions face à la tenue d’une telle consultation ont été variées. Alors que certains groupes se réjouissent qu’on accorde finalement une place d’importance à un sujet étant longtemps demeuré tabou, d’autres se sont fermement opposés à l’idée même que la discrimination existe au Québec.

 

Jean-François Lisée, chef du Parti Québécois, a qualifié l’initiative d’une « mise à procès des Québécois », mentionnant aussi que « le gouvernement Couillard et Radio-Canada tentent de faire croire aux Québécois qu’ils sont racistes ».

 

De tels propos, provenant d’une personne aspirant à la chefferie de l’État, m’ont porté à me poser la question suivante : la discrimination systémique et le racisme existent-ils au Québec?

 

Quant au racisme et à la xénophobie, certains évènements s’étant produits récemment rendent indéniable le fait que ces phénomènes existent au Québec, et cela même si nous arrivions à la conclusion que les auteurs de ces actes sont issus d’un courant très minoritaire de l’extrême droite. Parmi les actes en question, nous retrouvons l’attentat de la mosquée de Québec, les pancartes « Saguenay : ville blanche », le référendum à Saint-Apollinaire, les manifestations à Québec contre l’immigration, etc. Ne pas reconnaitre que ces exemples témoignent de racisme équivaut à s’aveugler volontairement, permettant d’autant plus à des comportements discriminatoires de se perpétuer à l’abri de toutes critiques.

 

Malgré la montée en force de certains groupes d’extrême droite qui se disent « non pas racistes, mais patriotiques », ils demeurent minoritaires et ne reçoivent qu’un soutien marginal du reste la population.

 

Afin de répondre à ma question initiale, il faut plutôt s’intéresser à ce que je considère être une problématique tout aussi importante, mais ne recevant pas l’attention qu'elle nécessite : la discrimination systémique.

 

En 2008, le Tribunal des droits de la personne décrivait ainsi la notion de discrimination systémique dans l’affaire Gaz Métropolitain inc. :

 

« […] la somme d'effets d'exclusion disproportionnés qui résultent de l'effet conjugué d'attitudes empreintes de préjugés et de stéréotypes, souvent inconscients, et de politiques et pratiques généralement adoptées sans tenir compte des caractéristiques des membres de groupes visés par l'interdiction de la    discrimination ».

 

Contrairement à la discrimination directe ou le racisme, la discrimination systémique se différencie en raison de son caractère difficilement distinguable, expliquant en grande partie pourquoi les gens qui n’en sont pas victimes ont du mal à imaginer qu’elle peut exister.

 

Dans une étude portant sur la discrimination en matière d’embauche dans la région de Montréal, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse a démontré que les gens ayant un patronyme franco-québécois ont 60% plus de chance d'être invités à un entretien d'embauche que si leur patronyme était d’origine africaine, arabe ou latino-américaine. De plus, d’autres chiffres tendent à démontrer que les personnes immigrantes affichent un taux de chômage qui est presque le double de celui des personnes nées au Québec, indiquant en partie qu’il existe de la discrimination dans le domaine de l’emploi au Québec.

 

Parmi les groupes victimes de discrimination, aucun d’entre eux n’est aussi touché que les populations autochtones. Quoiqu’ils représentent 4,3% de la population canadienne, de récentes études ont estimé qu’ils constituent près du quart des détenus dans les pénitenciers du pays. Bien que choquantes, ces statistiques ne devraient pas nous étonner considérant la discrimination systémique que les autochtones ont historiquement vécue. Or, il est important de noter que cette surjudiciarisation est aussi présente chez certains groupes de personnes racisée, cette proportion demeurant importante encore qu’elle n’atteigne pas des niveaux semblables à ceux mentionnés précédemment.

 

Constatant l’ampleur de cette problématique, la ville de Montréal a décidé l’été passé de tenir une consultation publique sur le profilage social et racial. Parmi les intervenants, nombreux étaient ceux qui ont dénoncé les pratiques discriminatoires de la SPVM et l’existence du profilage racial à l’intérieur de certains secteurs de la ville reconnus par une forte présence de personnes racisées. Un des intervenants provenant de Montréal-Nord a mentionné cette phrase éloquente aux élus municipaux :

 

« Si vous croyez que se faire traiter de raciste engendre un mauvais feeling, ce n’est rien comparé à en être victime (de racisme) ».

 

Bref, la discrimination existe bel et bien au Québec, affectant le quotidien des personnes racisées qui doivent faire face à des obstacles demeurant invisibles et inexistants pour la majorité d’entre nous. Continuer à nier son existence en étant sceptique quant à son existence ne fait qu'accentuer les injustices qu’elle engendre.

 

Contrairement à la rhétorique de plusieurs politiciens, débattre afin de savoir si les québécois sont racistes est non seulement inutile, mais aussi extrêmement contre-productif. Il faut plutôt que chacun accepte sa part de responsabilité dans la perpétuation d'un système qui marginalise une partie non négligeable de sa population, que nos actions à l’intérieur de ce système soient intentionnellement discriminatoires ou non. Sans cela, la victimisation du peuple québécois se poursuivra, ne servant qu'à légitimiser un modèle qui fragilise de plus en plus le droit à l'égalité des personnes racisées.

 

Ainsi, la question que nous devrions nous poser n’est pas de savoir si les Québécois sont racistes, mais plutôt celle-ci : les Québécois sont-ils conscients des conséquences de leur inaction?

 

En raison de la grande réticence exprimée face à la consultation publique entreprise par le gouvernement du Québec, je suis porté à répondre à cette question à la négative.

 

 

 

 

 

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