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  • Mimi Diarra

Colorisme : l’hypocrite tabou de la discrimination

En grandissant, nous tentons de comprendre comment chaque partie de notre corps s’entremêle pour former la personne que nous sommes. Nous évoluons en sachant que notre cœur bat, que nos poumons respirent et que notre cerveau pense. Nous sommes tous humains car nous fonctionnons au rythme de ce mécanisme que nous appelons corps, nous permettant de mieux naviguer dans la vie. Toutefois, la société nous a accoutumés à repérer ce qui différencie nos corps : petit, grand, noir, blanc teinte de la peau plus pâle ou plus foncée. En effet, la différence se joue à mêmela couleur du fond teint qu’on retrouve sur les étagères de l’allée des cosmétiques. Une discrimination interne dans les communautés racisées, déjà particulièrement discriminées. Elle se base sur la blancheur ou encore la clarté de la peau: c’est le colorisme.

Définition du colorisme

Le colorisme se définit comme une discrimination dans les communautés de personnes racisées, basée sur la teinte de la peau de ces différents individus. Dans un groupe d’individus issus de la même communauté racisée, on instaure des préjugés ou des traitements de faveur selon la couleur de peau des individus de la même race. Le colorisme est une hiérarchie par la couleur de la peau où, plus une personne se rapproche des traits eurocentriques et/ou de la peau blanche, plus elle sera valorisée.

Répercussions dans nos sociétés

Les longues années de colonisation ont eu des répercussions sur la société, qui a édifié des moules de beauté bien précis. On recherche des traits et des caractéristiques émanant de ceux européens. C’est-à-dire des traits fins, des cheveux lisses ou encore un teint pâle. Ce n’est pas étonnant que les pays non occidentaux commencent à vouloir rentrer dans le moule, étant donné les ravages du colonialisme et l’impact des idéologies coloniales sur l’ensemble des sociétés. On voit vite apparaître aux quatre coins du globe des produits et des astuces pour atteindre ces dogmes d’apparence européens, notamment pour celui du teint. Crèmes éclaircissantes, mélanges toxiques dits magiques, vitamines, constante utilisation d’un parapluie, etc; il n’y a pas limite pour avoir le teint le plus clair possible. Dans certains coins en Afrique, l’attirance se jauge à la clarté de la pigmentation et se marier est un combat constant pour les femmes au teint plus foncé. Dans certains coins en Asie, la pâleur de ta peau est synonyme d’élite et d’excellence. Autre part, en Amérique du Sud et dans les îles, on tente de faire « avancer la race » en se mariant avec quelqu’un de plus clair que soi ou du moins qui n’est pas plus foncé que soi. Bien que le colorisme touche à toutes les communautés racisées, elle touche d’autant plus les communautés noires. S’étant toujours fait juger par la teinte de leur peau depuis les années coloniales où les esclaves étaient séparés en fonction de leur pigmentation, un impact a été créé dans la façon dont les personnes noires se perçoivent entre elles. Dans une communauté avec une plus grande variété de teint de peau, il est plus facile de hiérarchiser ces teintes de peaux, suivant le principe de la suprématie blanche.

Comment régler le problème

Il serait trop beau de claquer des doigts et de voir se soustraire toutes les imperfections de nos sociétés. Les ravages que le colonialisme a causés sur les canons de beauté ne peuvent se résoudre par une seule et même équation. Le colorisme résulte de ces idées très eurocentriques qui se sont imposées au reste du monde. Il est évident que la solution se trouve dans la constance, la patience et le temps. De manière générale, il est important de déconstruire les idées coloniales qui influencent implicitement et explicitement la perception qu’ont les différents peuples opprimés face à eux-mêmes et la suprématie blanche. Du moins, c’est plus facile à dire qu’à faire n’est-ce pas ? Commençons alors par de petits pas !

Étape 1 — Déconstruire les idées coloniales dans les communautés racisées

D’abord, il faut déconstruire les idées à l’intérieur des communautés racisées. Il faut que les communautés s’unissent contre le colorisme plutôt que de continuer à se laisser mener par lui. Il est essentiel de comprendre que les communautés racisées sont déjà particulièrement discriminées. En ce sens, en créant des écarts dans ces propres communautés, elles se mettent des bâtons dans les roues. C’est uniquement en avançant ensemble sur le même pied d’égalité qu’une communauté peut vraiment avancer dans cette société oppressante. Même si la clarté de ta peau t’offre des privilèges au sein de ta communauté et parfois aux yeux des sociétés colonialistes, ces privilèges attribués à un individu d’une quelconque communauté racisée ne l’exclut pas pour autant de cette communauté qui est discriminée.

Étape 2 — Les personnes privilégiées dans les communautés racisées doivent reconnaître leurs privilèges.

Outre mesure, il faut que les individus qui jouissent des privilèges précités les reconnaissent. Une fois leurs privilèges reconnus, ils doivent poser des actions concrètes contre la discrimination que subissent leurs pairs. Ils doivent devenir des alliés internes à leur communauté contre l’oppression interne et externe qui leur permet de posséder ces privilèges. Il n’est pas question d’abandonner leur privilège, mais plutôt de l’utiliser pour faire cesser la discrimination qui pèse sur les autres.

Étape 3 — Une meilleure représentation des différentes teintes de peau

De plus, il est primordial de promouvoir une représentation juste et équitable des différents individus issus des communautés racisées. Cela implique de promouvoir les personnes au teint de peau plus foncée, en commençant à l’intérieur de leur communautés. Une fois le travail fait de l’intérieur, il sera plus facile de le transposer en dehors des communautés racisées. En présentant les différentes teintes de peau comme toutes aussi belles les unes que les autres, on brise ce genre de stigmatisation imposé par le colorisme.

Étape 4 — prendre des actions politiques concrètes

Finalement, il est important de prendre des mesures politiques contre une des conséquences majeures du colorisme qui n’est nulle autre que la dépigmentation. Certains pays comme la Côte d’Ivoire en 2015, le Ghana en 2017 ou encore le Rwanda en 2018 ont interdit la vente de ces produits éclaircissant sur leur territoire. En plus de ces mesures, il faut renforcer les campagnes de sensibilisation sur les méfaits de ces produits dépigmentants. Cela inclut entre autres, d’expliquer les dommages que ces crèmes peuvent avoir sur le corps et la santé de ceux qui les utilisent comme le risque de vieillissement prématuré de la peau, une sensibilité accrue aux rayons du soleil et autres. Le réel changement n’arrive pas spontanément, il faut forcer les choses pour avancer, il faut poser des actions pour que les répercussions de ces actions puissent changer les mentalités.


En conclusion, bien que nos sociétés se disent de plus en plus inclusives, il est encore possible de voir les ravages du colonialisme et les répercussions des idéologies postcoloniales sur la perception qu’ont les individus d’eux-mêmes et de leurs semblables. Les différentes communautés ont été hiérarchisées, faisant primer la culture blanche avec ses valeurs et ses principes. Voilà où est le combat ! Il est contre les idéologies postcoloniales que nous devons détruire et rebâtir ! Il est important de souligner que la diversité offre plusieurs moules dans lesquels on peut rentrer. C’est en parlant, discutant, s’interrogeant et s’informant qu’on s’offre la possibilité d’ouvrir des portes. Ainsi, on favorise une meilleure compréhension, brisant le concept du colorisme et offrant une réelle image de ce qu’est la diversité. Il y a beaucoup de travail à faire autant dans les communautés racisées que dans celles qui perpétuent les idées oppressantes du colonialisme et de la suprématie blanche. Du moins, à cœur vaillant rien n’est impossible !

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